La carte et le territoire

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Détails de carte ancienne - L'île mythique de Thulé sur la Carta Marina - CC BY - Domain public

Le territoire est l’objet modélisé selon une carte qui comporte ses propres conventions de représentation, une échelle, une légende, des symboles, un support de restitution.

Le territoire est imparfaitement représenté par la carte, (ex : la carte de France).En aucun cas le territoire n’est  à proprement le modèle de la carte, il n’en n’est que l’objet de sa représentation.

Ce serait intéressant de reprendre ici cette métaphore cartographique de Bertrand Russel , popularisée par Alfred Korzybski et récemment réemployée par Houellebecq.

"The structure of the map corresponds with that of [page 53] the country of which it is a map. The space-relations in the map have “likeness” to the space-relations in the country mapped. It is this kind of connection between relations that we wish to define. (...)Two relations have the same “structure,” we shall say, when the same map will do for both—or, what comes to the same thing, when either can be a map for the other (since every relation can be its own map). And that, as a moment’s reflection shows, is the very same thing as what we have called “likeness.”

Bertrand Russel 1919.

Ce serait bon de souligner que la métaphore de la carte et du territoire est issue initialement du fait que nos descriptions, notre langage et nos "modèles" descriptifs sont limités par notre réduction de la complexité du monde, ce que je désignerai philosophiquement comme les "nuées d'heccéités des noumènes" (la réalité véritable des objets, le "Réel tel qu'il est" et les processus physiques dont nous ne pouvons percevoir et décrire qu'une fraction par nos sens et notre existence).

Pour Alfred Korsybski les trois prémisses de la sémantique générale sont :

  1. Une carte n’est pas le territoire. (Les mots ne sont pas les choses qu’ils représentent.)
  2. Une carte ne couvre pas tout le territoire. (Les mots ne peuvent pas couvrir tout ce qu’ils représentent.)
  3. Une carte est auto-réflexive. (Dans le langage nous pouvons parler à propos du langage.)

Une carte n'est pas le territoire, Science & Sanity (1933) Alfred Korzybski.

Je propose aussi d'adjoindre une réflexion d'Oivier Rey sur l'ambivalence polysémique de la question du terme "modèle", qui peut être tour-à-tour "ce qui imite" ou "ce que l'on imite". Cela me semble approprié car c'est lui qui (lors d'un séminaire de Michel Tibon-Cornillot à l'EHESS en 2008, auquel j'ai assisté) a développé cette question.

Séminaire de 2008 de Michel Tibon-Cornillot : "La numérisation générale et son avatar biométrique : les ordinateurs et leur destin"

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