NIA (Non-Intelligence Artificielle) ou la rage d'offrir des couleurs au monde

La Non-Intelligence Artificielle (NIA), en contraste avec son homonyme lié à l'"intelligence artificielle", souligne l'idée que parfois, des coïncidences apparentes peuvent capturer notre attention sans nécessiter une explication basée sur une "intelligence programmée".

NIA

À l'ère du numérique et de l'information, il est essentiel de comprendre comment nous percevons et interprétons le monde qui nous entoure. Depuis que j’ai commencé ma carrière professionnelle, j’ai remarqué que le monde perd de ses couleurs (d’autres artistes comme Alain Damasio, Hayao Miyazaki, Lana Wachowski, Lilly Wachowski, etc. ont aussi soulevé ce problème à travers leurs œuvres). 

Chaque couleur de la palette d’artiste correspond à un imaginaire. Chaque création est le produit de cet ensemble de couleurs. Malheureusement, la couleur majoritairement disponible aujourd’hui est la couleur liée à l’imaginaire trans/post-humain qui correspond à un vieux rêve (voir le travail de Stéphanie Chifflet à ce sujet et celui de Gaïa Lassaube ici).

Nous vivons dans un monde de science-fiction.

Isaac Asimov

Isaac AsimovÉcrivain américain

Derrière chaque imaginaire se trouve des réponses à des questions existentielles comme : 

  1. Qu'est-ce que la vie ?

  2. Que faisons-nous ici ?

  3. Allons-nous mourir ?

Voici les réponses (empruntées à de très vieux mythes) de l'imaginaire trans/post-humain à ces questions : 

  1. Qu'est-ce que la vie ? La vie, c'est de l'énergie. Un arbre dans la forêt est égal à des planches dans la scierie. Selon Héraclite, le feu (l’image matérielle de l’énergie) est à l’origine du monde. On retrouve aussi cela dans la mythologie hindoue via « l’échauffement » des eaux primordiales duquel émerge l’œuf cosmogonique ou encore, en version plus récente, avec Frankenstein où la maîtrise de l’énergie (ici électrique) rend possible la création d’un être vivant.

  2. Que faisons-nous ici ? Nous devons sauver le monde. Il s’agit d’une mise à jour du mythe d’Atrahasis avec quelques ajustements liés au NBIC (voir les travaux de Yann Minh à ce sujet). Plus besoin de sauver le vivant face au déluge, nous allons pouvoir le recréer à volonté grâce aux NBIC sur d’autres planètes ou dans l’espace dans des vaisseaux.

  3. Allons-nous mourir ? Non, car nous allons pouvoir transférer nos corps et nos esprits dans des entités artificielles. Une entité artificielle est composée d'une "IA" et d'un corps. Pour comprendre à quel vieux mythe cela correspond ; une image donne des ailes.

Pour construire un nouvel imaginaire (une nouvelle couleur), il faut apporter de nouvelles réponses à ce type de question.
Pour pouvoir apporter de nouvelles réponses à ces questions ; il ne faut pas les invisibiliser par la surexposition aux réponses de quelques personnes.
Parler d'"IA"  nous permet de nous cacher les yeux ; de ne pas voir ces questions. On accepte facilement les réponses de l'imaginaire de quelqu'un d'autre. Facilement, car nous avons un cerveau habitué à tout rationaliser ; il n'aime pas le vide. Pourtant, la peur du vide (de la question  "allons-nous mourir ?" par exemple) est essentielle pour imaginer notre propre réponse à cette question. Cela provoque un petit vertige, mais on s'y habitue.
Le web nous donne la chance de partager nos réponses à ces questions, et ainsi composer un magnifique tableau.

Mais si nous, qui sommes les rois de la nature, n’avons pas peur, qui alors aurait peur ?

Clarice Lispector

Clarice LispectorFemme de lettres brésilienne

L'imaginaire trans/post-humain a beau être très présent actuellement dans nos esprits (et nos mains) ; très peu de monde partage les réponses ci-dessus. Nous partageons les conséquences de la surexposition à l’imaginaire trans/post-humain sans en partager les axiomes. La surexposition à cet imaginaire influence nos créations et nos décisions, et nous arrivons, par exemple, à raisonnablement  :

- croire qu'une machine discute avec nous, hallucine et/ou est intelligente
- rager contre des machines
- créer des théories farfelues pour se rassurer
- tuer 70 milliards de poulets en 2020 (un peu plus encore cette année)

À force de rebondir comme une boule de billard à l’intérieur de ce même imaginaire trans/post-humain avec ces mêmes réponses ; il est vital de chercher un moyen d’ajouter de nouvelles couleurs à la palette de l’artiste (“Rage, rage against the dying of the light.” Dylan Thomas).

Heureusement, on retrouve dans le développement de jeux vidéo un outil qui permet justement de provoquer l'imagination des joueurs, l’apophénie (un bon exemple dans “Les Sims 3” ici). 

Cet outil souligne la capacité innée de détecter des motifs, même dans des situations où aucune intention n'est présente (on retrouve cela dans les nuages ou les taches d’encres).

Afin de créer l'apophénie, il est important de ne pas donner la réponse avant de commencer à réfléchir aux questions. 

L’objectif de NIA (non-intelligence artificielle) est de proposer une apophénie générale sur l'intelligence, car finalement, qu’est-ce que l’intelligence ? Il est essentiel de garder cette question ouverte tant que nous n’avons pas une réponse précise et partagée.
Comment savons-nous qu'il est possible de découper notre intelligence en morceaux (dont ce morceau artificiel) et de continuer à appeler cela intelligence ?
Comment savons-nous que l'"intelligence artificielle" mérite de porter le terme intelligence ?
Un marchand de rêve a eu l'idée de se dire plus intelligent que les autres il y a longtemps, sans savoir ce qu'est l'intelligence... Depuis, on mesure la taille de notre intelligence et on compare cela avec les autres...
Cette histoire de classement n'a aucune logique ; il n'y a aucune mesure possible tant qu'on ignore ce qu'est l'intelligence.

L'intelligence est un nuage, en répétant le terme "intelligence artificielle", nous crions que nous avons vu un éléphant rose et nous empêchons ainsi les autres d'imaginer d'autres formes. Au rythme actuel ; nous pouvons même en arriver à ne plus voir le nuage... Le nuage ne cache pas la lumière ; il apporte des couleurs. Le nuage est une invitation à l'échange, à la discussion.

Notre imagination est influencée (voire bridée) par notre expérience passée.
Voici un petit exercice pour s'en apercevoir, que voyez-vous dans l'image ci-dessous ?

Sur la gauche des formes concaves et sur la droite des formes convexes. Pourquoi ?
Nous imaginons un sens (ici du volume) à cette image en 2D grâce aux ombres. Plus précisément grâce au sens de la lumière le plus fréquent qu'on a rencontré depuis notre naissance. Nous avons tous vu la lumière arriver du haut vers le bas la majeure partie du temps depuis que nous sommes nés ; donc nous donnons tous le même sens à ces formes (votre écran est pourtant bien plat). Notre capacité d'imagination est très réduite, car notre cerveau ne traite plus cette information du sens de la lumière. C'est un moyen pour notre cerveau d'économiser du temps et de l’énergie. Un moyen de ne pas traiter les informations "inutiles" (par exemple : un ensemble de feuilles vertes) et de détecter immédiatement une surprise (par exemple : le pelage d'un tigre à dents de sabre).
Pour plus d'informations à propos de cette théorie du cerveau bayésien (une approche récente et très populaire en neurosciences) ; rendez-vous ici ou ici.
Comprenons que l'"intelligence artificielle" est une forme de lumière artificielle qui, si elle est trop utilisée (comme actuellement), étouffe de la même manière notre imagination.

La grande différence entre nous et les machines est l'imagination et l'imagination n'est pas l'imitation.
Les machines peuvent donner l'illusion de "créer" car elles s'appuient sur une puissance de calcul importante et sur des volumes de données importants.
Les machines ne peuvent que copier ou imiter et avoir des bugs.
L'imagination n'est pas un bug.
Un bug pour un peintre, c'est dévier de sa trajectoire lors d'un coup de pinceau.
L'imagination pour un peintre, c'est ajouter de nouvelles couleurs à sa palette.
L'imagination apporte de nouveaux mondes alors que le bug fait uniquement dériver le monde actuel.

Une fois la question posée via NIA ; qu’est-ce que l'intelligence ? Il reste à récolter discrètement le courage (un cocktail d’amour, de peur et de conviction) de s’exprimer des participants grâce à des plateformes de machines. Les machines sont là pour récolter. Il faut juste pas se planter dans la question et récolter en douceur les réponses.

L'amour est essentiel pour penser à nous.
La peur est essentielle pour s'exprimer avec humilité.
La conviction est essentielle pour avancer.

Voici une illustration de ces plateformes de machines :

Hub de machines

Afin de provoquer l'apophénie, il est primordial de ne pas utiliser d’outils de mesures pour cadrer les idées/échanges des participants via des “+1 j’aime” ou des “+1 partage”. Ces systèmes de réactions bloquent la réflexion ("il a plus de j'aime, donc il a raison") et l'action ("vais-je avoir moi aussi un j'aime ?"). Les idées doivent s’afficher comme des nuages sur le web et la réponse à la question ne doit pas sauter aux yeux des observateurs.

Pour que les participants puissent sortir de la surexposition à l’imaginaire trans/post-humain il est crucial d’observer le monde, et donc de supprimer l’usage du smartphone (un pur produit de l’imaginaire trans/post-humain, il est “smart”). L’objectif n’est pas de supprimer tous les jouets de l’imaginaire trans/post-humain (le "low-tech" risque tout de même de pointer son nez) mais de laisser de la place aux autres imaginaires grâce à l’apophénie. La clef est dans les nuages d’idées, pas en nous. Ces nuages d’idées vont amener des couleurs jamais vu jusque-là, il sera important de protéger les idées générées grâce à la réflexion collective via le copyleft.

J'ai réalisé une installation miniature de ce concept avec la création d'une boîte à suggestion dans un hôpital pour récupérer les frustrations/requêtes/etc. des plus introvertis (et des autres) pour améliorer le déroulement d’un atelier créatif. Avant chaque nouvelle session de l'atelier, nous lisions à voix haute les petits bouts de papiers (un par un mais de manière anonyme). Le croisement de ces papiers à l’oral a amené de nouvelles couleurs à l’atelier.

Le web nous offre la chance de donner une nouvelle échelle à cette installation (en plus du fait de pouvoir rapprocher ces bouts de papiers (remplis de courage) dans une interface optimisée pour provoquer de manière encore plus importante l'apophénie).

Saisissons cette chance pour enfin concevoir des projets avec une collection d'imaginaires différents en tête.
Peindre un tableau avec une seule couleur est un bel exercice de style, mais nous avons fait le tour, non ?
NIA déchire la toile de l'Artiste pour ouvrir le web aux artistes.
Nous sommes tous des artistes, nous avons juste besoin de nos couleurs. Pour trouver l'inspiration (ce truc que cherche beaucoup d'artistes), l'artiste a un secret : il faut savoir respirer.
Pour respirer ; il est essentiel de cesser de pourchasser ce cheval artificiel pendant, au moins, quelques minutes. Il est nécessaire de ne plus répéter cet unique motif de licorne dans notre imaginaire (à moins de vouloir prendre le mur de la réalité qui arrive au galop).
Pour imaginer ; il faut nous laver de ce modèle de monde artificiel et plonger comme une goutte d'eau dans ce magnifique océan qu'est le monde.
Pour trouver cette forme de sentiment océanique, nous devons tous créer des vagues.
Nous devons tous devenir des pirates de l'imaginaire.
Ce sont nos imaginaires qui façonnent notre réalité. Si nous souhaitons prendre soin du réel ; prenons soin de nos imaginaires. Si besoin de plus d'informations à ce sujet, je vous invite à découvrir les travaux du CRI (Centre de recherche sur l'imaginaire).

Dans le combat contre le mensonge, l'art a toujours gagné, et il gagnera toujours, ouvertement, irréfutablement, dans le monde entier. Le mensonge peut résister à beaucoup de choses. Pas à l'art.

Et dès que le mensonge sera confondu, la violence apparaîtra dans sa nudité et dans sa laideur. Et la violence, alors, s'effondrera.

Alexandre Soljenitsyne

Alexandre SoljenitsyneÉcrivain russe

Une pluie de couleurs

Imaginons une cour de récréation avec des enfants qui se battent parce qu'il n'y a qu'un seul jouet disponible. Quelle est la meilleure solution ?
- Observer la bagarre (et laisser les plus grosses brutes l'emporter...)
- Supprimer le jouet
- Ajouter une multitude de nouveaux jouets

Nous sommes les enfants.
Nos imaginaires sont nos jouets.

L'objectif de NIA est de réduire drastiquement la compétition dans cette magnifique cours de récréation qu'est le monde.
Il est possible de jouer sans détruire le terrain de jeu et pour cela ; il nous faut des jouets.

J'ai une toute petite voix dans cet océan de bruit (généré par notre mauvais usage de nos machines). Aidez-moi à ramener du silence et surtout ; aidons-nous.

Voici le plan :
1 - Partager cet article et/ou expliquer à nos proches qu'il est possible de trouver des jouets pour tout le monde grâce à NIA, l'apophénie et notre imagination. Les adultes appellent ça un "piratage" mais il ne faut pas s'inquiéter ; l'objectif est de permettre à tout le monde de jouer.
2 - En option : demander aux brutes de faire moins de bruit (en leur demandant, par exemple, ce qu'est l'intelligence).
3 - Récolter et diffuser nos réponses à la question "qu'est-ce que l'intelligence ?" pour ajouter de nouvelles couleurs dans le ciel numérique.
4 - Créer de nouveaux projets avec ces nouvelles couleurs en tête.
5 - Faire la fête !

Une brute est une personne qui manque d'espoir. À nous de le diffuser.

Bien que cet outil soit tout à fait naturel, restons vigilants face à la possibilité de percevoir des connexions inexistantes. En fin de compte, l'équilibre entre la reconnaissance de modèles et la pensée critique demeure central pour une interprétation précise de notre réalité complexe. L’ouverture vers plusieurs mondes à l’intérieur de notre monde majoritairement trans/post-humain.

Nous ne sommes pas des machines, nous sommes vivants (et connectés), profitons-en.
Après cette course contre la machine, je crois que la respiration est là.

Dans l'éther numérique, NIA danse,
Un nuage d'idées, d'éclats étoilés s'élance.

Notre pinceau, ce cerveau qui crée,
Sur la toile du monde, ses rêves tissés.

Les couleurs, nos pensées flamboyantes,
Peignent l'azur de nos jours, de nos attentes.

Et dans ce ballet de l'infini,
Les nuages sont à la source de nos récits.

NIA, comme un souffle de vent céleste,
Dans le ciel numérique s'invite, se manifeste.

Un éclat de lumière, une voix nouvelle,
Pour éclairer nos imaginaires, telles des étincelles.

Nous rêvons, donc nous sommes.

Il n'y a rien de plus addictif qu'un peut-être.
Il n'y a rien de plus affectif qu'un petit être.

Tu ne trouveras jamais d'arc-en-ciel si tu regardes toujours en bas.

Charlie Chaplin

Charlie ChaplinActeur et réalisateur

NIA offre la possibilité de regarder l'arc-en-ciel à travers la vitre (de notre écran).

P.S. : Si vous vous reconnaissez dans le terme "brute" ; veuillez faire moins de bruit. On essaye d'utiliser notre pinceau :)

P.S.2. : Merci d'avoir lu jusqu'au bout.

Je vous partage une partie de mon imaginaire pour vous donner quelques idées (si besoin) :

  1. Allons-nous mourir ? Non, car nous sommes le monde.

  2. Que faisons-nous ici ? On s'assure que le monde reste habitable (pour tout le monde).

  3. Qu'est-ce que la vie ? La vie, c'est l'intelligence.

    À nous de jouer.

    Bon courage

    Dylan Thomas

    Vous n'êtes pas d'accord ? Vous voulez participer ? Vous avez une objection ? Une question ? Contribuez !